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2 Corinthiens 1, 3 "Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ, le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation, qui nous console dans toute notre tribulation, afin que, par la consolation que nous-mêmes recevons de Dieu, nous puissions consoler les autres en quelque tribulation que ce soit."

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Cathéchisme des croyants


Dieu à l’horizon des hommes de notre temps


Croire en Dieu, question vitale


mardi 29 juillet 2014




Croire, un acte humain fondamental


Les hommes et les femmes qui, d’une manière ou d’une autre, entretiennent un rapport avec Dieu sont dits "croyants". Que signifie donc croire ?


Dans le langage courant, "je crois" équivaut souvent à "je pense", avec une nuance d’incertitude. Ainsi quand on dit : "Je crois qu’il va faire beau..., ou que je vais obtenir telle situation."


Mais croire peut avoir un tout autre sens et exprimer, au contraire, une certitude. Le verbe se construit alors autrement : non plus "je crois que", mais "je crois... mon ami, mon mari, ma femme..." Il indique la confiance accordée à quelqu’un : on tient pour vraie sa parole. Il s’agit d’une attitude humaine fondamentale. On ne peut pas vivre, en effet, sans "faire crédit" à un certain nombre de personnes.


Croire, c’est plus encore "donner sa foi". Ainsi, dans le mariage, les deux époux font alliance, en mettant leur foi l’un dans l’autre "à la vie et à la mort". Ils se font confiance. Ils croient l’un dans l’autre. Cette foi qu’ils s’accordent mutuellement est l’expression même de leur amour. C’est sur elle qu’ils vont construire leur foyer, en s’ouvrant ensemble à un avenir qu’ils entrevoient chargé de promesses.


Croire en Dieu


Qu’en est-il donc de l’acte de croire en Dieu ? Pour répondre, il faut savoir de quel Dieu on parle. Il peut arriver que celui qui dit "je ne crois pas en Dieu" ait raison de refuser ce qu’il a en tête ou dans le coeur, à partir de ce mot, et que l’idée qu’il s’en fait, ou dont il hérite, ne soit pas digne du Dieu vrai. C’est alors un faux dieu.


Et la Bible, la première, ne cesse de lutter contre les idoles, les faux dieux. Par la Révélation Dieu nous apprend lui-même qui il est. Il nous empêche de le confondre avec les fantasmes de notre imaginaire, de nos désirs et de nos peurs. L’incarnation, la mort sur la croix et la résurrection de Jésus Christ nous font découvrir Dieu au-delà de tout ce que nous aurions pu concevoir.


Il ne s’agit donc plus seulement de croire en "quelque chose qui nous dépasse", mais de croire en Dieu. Il ne s’agit plus seulement d’un Dieu cherché à tâtons par la raison ou les religions humaines, mais du Dieu vivant tel qu’il se révèle dans l’histoire du peuple de l’Alliance dont l’Ancien Testament nous fait le récit. Il s’agit ultimement de Dieu tel qu’il se révèle une fois pour toutes en son Fils Jésus Christ, dans l’Esprit.


Ainsi l’acte de croire est purifié. Celui en qui l’on croit sort du "vague". Surtout on ne peut le confondre avec aucune idole ou illusion. L’acte de croire a plutôt trouvé son lieu propre et son assurance : le vrai rapport établi avec l’homme par Dieu lui-même et son Fils Jésus, et une vie nouvelle, dans l’Esprit de Jésus et de son Père.


L’acte de croire, ainsi, à Dieu révélé en plénitude par Jésus Christ, n’est pas seulement l’acte d’une intelligence capable d’abstraction, mais d’une intelligence vive, saisie par la Vérité qu’elle cherche. Il porte sur le Dieu éternel qui a fait irruption dans l’histoire. Il tend, dans une espérance active, à se traduire en charité concrète.


Acte le plus libre et le plus personnel qui soit, mais aussi acte solidaire, qui réunit les croyants et les tourne en même temps vers Dieu et vers les hommes.


Le chrétien peut dire avec l’Apôtre : "Je sais en qui j’ai mis ma foi..." (2Tm 1,12).


Foi et religion


La foi chrétienne ne se confond pas avec le sentiment religieux. Elle n’est pas une simple expérience, puisqu’elle naît de la Révélation de Dieu dans l’histoire et qu’elle est l’accueil de cette Révélation. Cependant, les hommes qui adhèrent à la foi chrétienne sont aussi des hommes dotés d’un sens religieux, lié à leur histoire, à leur éducation, à leur société.


L’époque moderne a développé avec beaucoup d’ampleur une critique générale des religions, soupçonnées de maintenir les hommes dans un état d’esclavage, en les livrant à des peurs irrationnelles ou en les persuadant d’échapper à leur condition. Les religions ont été dénoncées comme des créations imaginaires, et l’avènement de la raison moderne, scientifique et instrumentale s’est appuyé sur ce rejet des religions, qui correspondraient plus ou moins à un état attardé de la conscience humaine.


Mais un ensemble d’éléments théoriques et pratiques obligent aujourd’hui à réévaluer cette dimension religieuse de l’homme.


Certes, le phénomène religieux est aussi ambigu qu’universel. Le meilleur et le pire s’y côtoient : les idoles et les pratiques les plus aliénantes, comme les démarches les plus épurées dans la quête de Dieu ou de l’Absolu démarches qui, du point de vue de la foi, peuvent être considérées comme des pierres d’attente de l’Évangile.


On sait que là où les religions ont été refoulées, les hommes se sont forgé souvent des religions de remplacement. De nouvelles idolâtries sont nées. Et, par ailleurs, l’histoire contemporaine nous apprend que dans des situations d’oppression et de persécution, la religion aide des hommes et des peuples à lutter pour demeurer libres.


Les religions, dans leurs diversités historiques et géographiques, font partie intégrante de l’existence humaine. Elles viennent la structurer à de multiples niveaux : celui des mythes, transmis par tradition orale ou par des livres sacrés, comme celui des rites et des institutions.


D’une façon encore plus large, il y a dans les religions, sous des formes plus ou moins explicites, une compréhension du monde, de son origine, de son histoire, et surtout une interprétation de l’homme et de son destin. Les religions se rattachent à cet ordre des réalités symboliques qui touchent au mystère de la vie et de la mort, du bien et du mal. Au-delà des critiques justifiées de ce qu’il peut y avoir d’aliénant dans certaines pratiques religieuses, on peut aujourd’hui reconnaître que les religions manifestent une certaine relation de l’homme à ce qui le dépasse et que l’on nomme le sacré ou le divin.


Le christianisme respecte ce pressentiment de Dieu qui passe par le "sacré" des religions. L’homme qui se tourne vers Dieu ne part pas de zéro. La sagesse chrétienne reconnaît en lui une ouverture à Dieu, inscrite dans sa structure intérieure, dans ce que Saint Augustin dénomme le "désir" et que Pascal appelle le "coeur".


La pratique de la catéchèse, tout comme l’expérience de l’évangélisation, rejoint les affirmations des théologiens et des philosophes. En se révélant, Dieu vient répondre, d’une certaine manière, à une attente cachée de l’homme. Pour éveiller à la vérité de la foi, il est important de déceler une telle attente, comme jésus le fait souvent dans l’Évangile, notamment avec la Samaritaine rencontrée au puits de Jacob (cf. Jn 4,142).


Mais cette réalité sacrée, vers laquelle tend le désir religieux de l’homme, ne s’identifie pas nécessairement avec le Dieu qui parle à Abraham, qui fait alliance avec Moïse et qui se révèle à tous en la personne de Jésus. Comment mesurer la différence qui sépare le "divin" évoqué par les religions de "Dieu" manifesté par la Révélation et exprimé dans la Bible ?


La prédication de Paul aux païens d’Athènes peut ici servir de référence. Paul commence par évoquer le "dieu inconnu" que ces païens vénèrent sans le connaître. Il s’appuie donc sur leur expérience religieuse du divin pour les ouvrir à la foi. Car ce "dieu inconnu" s’est fait connaître en Jésus Christ. Cette connaissance est nouvelle parce qu’elle vient de Dieu lui-même et qu’elle est proposée à tous.


La foi n’est pas une vague rencontre avec le divin. "A Dieu qui révèle est due l’obéissance de la foi" (Rm 16,26 cf Rm 1,5 2Co 10,5-6), par laquelle l’homme s’en remet tout entier et librement à Dieu dans "un complet hommage d’intelligence et de volonté à Dieu qui révèle" (concile Vatican I, DS 3008 FC 90) et dans un assentiment volontaire à la révélation qu’il fait."


Une telle découverte de Dieu, par la connaissance de foi, en même temps à l’homme la liberté de Dieu. Alors que les religions païennes s’imaginent souvent que l’homme peut, par la magie, utiliser le divin à son profit, la foi chrétienne en Dieu oblige à perdre une telle illusion. C’est Dieu qui choisit librement de faire alliance avec les hommes. Ce n’est pas l’homme qui peut s’élever seul vers le monde divin, par l’extase ou l’ascèse, par des rites de purification ou de passage.


Croire, c’est reconnaître à Dieu la liberté de sortir de lui-même pour venir à nous. Dès l’Ancien Testament, dans les prophéties messianiques, Dieu est désigné comme l’Emmanuel, Dieu avec nous. La foi au Dieu libre de la Révélation passe toujours par l’émerveillement, et non par la peur. Le croyant est appelé à accueillir dans la confiance cette mystérieuse proximité du Dieu très grand.


Qui donc est Dieu ?


Le mot "Dieu" est lourd d’histoire. Tout ce qu’il évoque spontanément demande à être purifié et converti par la Révélation.


Quand quelqu’un dit "Dieu", a-t-il en fait dans le coeur et dans la tête ? Ce peut être l’idée d’un être tout-puissant qui engendre le trouble ou la peur, parce qu’il apporte l’épreuve ou la mort. Le Credo, lui, n’affirme la toute-puissance de Dieu qu’après l’avoir désigné comme Père, et avant d’ajouter qu’il est créateur, auteur d’une création bonne. D’autres fois, l’idée de Dieu est liée à la voix d’une mauvaise conscience, qui accable. Avec le Dieu de la foi, justice et miséricorde ne sont jamais séparées, si bien que le croyant se découvre pécheur en même temps que pardonné et accueilli.


Dans la Bible, pour le peuple de la première Alliance, la question de Dieu est celle de l’unique vrai Dieu. Elle se décide dans un débat, et finalement dans une lutte à mort avec les idoles. Israël, entrant en relation avec les peuples voisins et séduit sans doute par la facilité de leurs religions, connaît périodiquement la tentation de l’idolâtrie. Les prophètes ne cessent de le mettre en garde contre cette séduction et de dénoncer les faux dieux qui la provoquent.


La tentation n’est pas moins grande aujourd’hui pour les fidèles du Christ. En effet, les hommes sont capables, même à partir de ce qu’il y a de meilleur, de se faire des idoles personnelles qui les enchaînent à eux-mêmes. Argent, pouvoir, sexe, travail, jeu... peuvent devenir des absolus auxquels tout doit être soumis. Ces idoles cherchent à asservir nos sociétés modernes. Elles sont aussi aliénantes que celles auxquelles s’oppose le Dieu de la Bible. Dans l’idolâtrie, l’homme reste enfermé en lui-même et esclave de ce qu’il idolâtre. La foi, elle, est toujours un acte de liberté : Dieu respecte les hommes et leur liberté. Il ne les manipule pas.


Le Dieu de la Bible ne se laisse pas atteindre "en direct", comme le voudrait le paganisme. La présence de Dieu dans la révélation judéo-chrétienne s’est toujours montrée très différente de la présence immédiate de la divinité, telle que le paganisme pouvait l’envisager. Moïse apprend de Dieu qu’il ne pourra le voir que "de dos", c’est-à-dire seulement par les traces de ses bienfaits (cf. Ex 33,23). Et Élie, à l’affût du passage du Seigneur, ne le rencontre ni dans la violence du vent, ni dans le tremblement de terre, ni dans le feu, mais seulement, de manière à peine perceptible, "dans le murmure d’une brise légère" (cf. 1R 19,4-12).


La foi chrétienne comporte ce paradoxe : c’est bien le Dieu caché qui se révèle, c’est bien le Dieu révélé qui demeure le Dieu caché (cf. Is 45,15). Son être et son amour sont toujours au-delà de nos mesures. Dans la Bible, même lorsque Dieu donne son Nom (cf. Ex 3,14), expression de son être, et permet à l’homme de le connaître en vérité pour entrer en relation avec lui, ce Nom demeure ouvert au mystère. Cette ouverture au mystère du Dieu toujours plus grand se manifeste au plus haut point à la Croix, où se révèle la gloire de Dieu, c’est-à-dire sa transcendance, qui n’est pas une transcendance de domination, mais de don. En la personne de son Fils Dieu se donne totalement, et montre "une fois pour toutes" et comment il est pour nous, depuis toujours et à jamais : amour et insondable.


Révélant l’amour de Dieu, qui est tout son être (1Jn 4,7), la Croix est par excellence signe pour la foi. En elle se récapitulent en quelque sorte les multiples signes à travers lesquels Dieu se fait connaître à nous.



Voir en ligne : Catéchisme pour Adultes des Évêques de France



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