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2 Corinthiens 1, 3 "Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ, le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation, qui nous console dans toute notre tribulation, afin que, par la consolation que nous-mêmes recevons de Dieu, nous puissions consoler les autres en quelque tribulation que ce soit."

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Cathéchisme des croyants


L’apparition du mal


Pourquoi le mal ? Pourquoi tant de mal ? Le scandale du mal est-il suffisant pour ne plus croire en Dieu ?


mercredi 30 juillet 2014




La tentation et la chute


Les récits des premiers chapitres de la Genèse célèbrent la beauté de la Création et révèlent la magnificence du Créateur. Ils font connaître le dessein premier de celui-ci à l’égard de l’homme : un dessein tout entier d’harmonie et de bonheur. Mais l’histoire sur laquelle ils ouvrent se manifeste rapidement comme une histoire dramatique.


Dieu met l’homme (Adam) en garde contre la tentation de s’instituer auteur et maître du bien et du mal, du bonheur et du malheur. De cette folle prétention, qui l’enfermerait dans sa volonté dominatrice, il est protégé par un interdit : "Tu peux manger les fruits de tous les arbres du jardin ; mais quant à l’arbre de la connaissance du bien et du mal, tu n’en mangeras pas ; car, le jour où tu en mangeras, tu seras condamné à mourir" (Gn 2,16-17). Cet interdit rappelle à l’homme qu’il n’est pas son propre créateur et qu’il a à recevoir de Dieu la connaissance du bien et du mal.


La source de tous les malheurs est, chez l’homme, de se détourner de son Créateur, en récusant toute forme de dépendance par rapport à lui. Lorsqu’il ne reconnaît pas cette dépendance, il est amené à vouloir tout régenter, en écrasant tout ce qui n’entre pas dans ses desseins.


Comment l’homme a-t-il pu, dès l’origine, être amené à cette aberration de vouloir être "comme des dieux" (Gn 3,5) ?


Sans doute, par la possibilité qu’il y a dans un esprit créé de s’exalter jusqu’à se considérer comme l’égal de son Créateur. Mais aussi par le jeu puissant de l’illusion, de la tromperie, du mensonge représentés dans le récit de la Genèse par le serpent.


Le serpent est la figure des forces séductrices et des "tentations" du paganisme environnant : la puissance de la fécondité en Canaan, celle du pouvoir politique en Égypte.


Dans le récit, le mal n’est pas "expliqué". Il est plutôt campé, mis en scène. L’homme y a sa pleine responsabilité.


Rien dans le récit de la Genèse n’autorise l’idée que la femme aurait une responsabilité plus grande que celle de l’homme ou que, sans elle, l’homme n’aurait pas péché. Si Adam rejette la responsabilité sur sa femme (cf. Gn 3,12), c’est le signe de la détérioration de sa relation avec elle.


L’homme et la femme sont responsables de la faute. Mais derrière leur choix, il y a une voix séductrice, opposée à Dieu (cf. Gn 3,5), un accusateur de l’homme (cf. Jb 1,11 Jb 2,5-7) qui, par envie, le fait chuter dans la mort (cf. Sg 2,24). L’Écriture et la Tradition de l’Église voient en cet être un ange déchu, appelé Satan ou Diable.


La transgression de l’interdit dont était marqué l’arbre de la connaissance du bien et du mal est à l’origine d’un monde "cassé". La souffrance en est le signe : celle qui accompagne l’engendrement des générations successives (car, si aujourd’hui il est des "enfantements sans douleur", les parents savent ce qu’il en coûte de "mettre au monde" des enfants, en leur assurant l’éducation nécessaire) ; mais aussi la "peine" que suppose la production des biens dont nous avons besoin : "C’est à la sueur de ton visage que tu gagneras ton pain" (Gn 3,19).


Toutefois, cette condition, marquée par la mort ("tu es poussière et tu retourneras à la poussière" Gn 3,19), n’est pas celle d’un être voué à la fatalité. Dans la présentation qui en est faite à travers le récit de la chute, l’être humain est plutôt renvoyé aux limites constitutives de la créature. Il saura qu’il n’est pas un dieu.


Rétabli ainsi dans sa vérité, l’être humain pourra, au sein même de sa vie de souffrance et de labeur, entendre la promesse de salut, déjà mystérieusement formulée au milieu du récit. "Je mettrai, déclare Dieu au serpent, une hostilité entre la femme et toi, entre sa descendance et ta descendance : sa descendance te meurtrira la tête, et toi, tu lui meurtriras le talon" (Gn 3,15).


Ce verset a pu être qualifié de protévangile, du grec protos qui signifie premier. La Tradition chrétienne a reconnu dans ce passage l’annonce du Fils de Marie, vainqueur définitif du péché et de la mort.


La doctrine du péché originel


Dans l’Ancien Testament le récit de la chute d’Adam ne trouve un écho direct que dans le livre de la Sagesse (cf. Sg 2,24).


En revanche, ce péché d’origine tient une place capitale dans l’enseignement de saint Paul : "Par un seul homme, Adam, le péché est entré dans le monde, et par le péché est venue la mort" (Rm 5,12). C’est ainsi que l’Apôtre résume le contenu du récit de la Genèse.


Par sa transgression, reprendra le concile de Trente, Adam a "perdu la sainteté et la justice dans lesquelles il avait été établi" (DS 1511 FC 275). L’harmonie dans laquelle il se trouvait avec Dieu, avec lui-même et avec le monde a été perdue, ainsi que le don de l’immortalité. L’humanité demeure affectée par ce péché d’origine. Chacun en est atteint et marqué, du fait même de son appartenance à la famille humaine.


Une image ternie, mais non détruite


Par le péché d’origine la nature humaine a été gravement blessée. Cependant elle n’a pas été totalement corrompue. L’image de Dieu a été ternie, comme elle l’est toujours, par le péché. Elle n’a pas été, et n’est jamais, détruite.


L’homme demeure capable d’accueillir le salut, la "justice" nouvelle dans laquelle Dieu s’est proposé de le rétablir en Jésus Christ. L’image de Dieu, ternie par le péché, est restaurée dans son intégrité par l’oeuvre de Celui qui est, par nature, la parfaite "image du Dieu invisible", son Père (Col 1,15). C’est sur cette image que les hommes sont destinés à se laisser remodeler par la foi et par le baptême.


Le Fils unique de Dieu devient ainsi "l’aîné d’une multitude de frères" (Rm 8,29). La liberté, affectée elle aussi par le péché originel, doit être libérée, comme elle le sera effectivement par l’oeuvre du Christ (cf. Ga 5,1).


Mais, si elle a besoin d’être régénérée, elle n’a pas besoin d’être recréée. C’est le même homme qui, par le baptême, recouvrera justice et sainteté. Cet homme ainsi rétabli dans la communion avec Dieu est véritablement habité par la grâce sanctifiante, tout en gardant une propension au péché (que la tradition théologique appelle concupiscence).


La concupiscence ne doit pas être limitée à la convoitise sexuelle. C’est, plus généralement, la tendance à chercher ses intérêts ou sa satisfaction au détriment de la juste ordonnance de sa vie dans son rapport à Dieu, au monde et aux autres.


Les Pères de l’Église d’Orient ne cessent d’exalter la grandeur de l’homme, cette grandeur de l’homme créé par Dieu à son image et à sa ressemblance, et appelé à la divinisation.


La tradition occidentale n’a cessé d’entretenir la même doctrine. Mais elle a simultanément conduit une longue méditation sur la signification et la portée de la chute d’Adam, en relation avec un approfondissement de la doctrine de la grâce. Telle fut tout particulièrement l’oeuvre de saint Augustin (354-430), dont la pensée est reprise dans le concile de Carthage (418 ; cf. DS 225-230 FC 521-526) et le deuxième concile d’Orange (529 ; cf. DS 371-378 FC 272-273 FC 541-544).


En face de la gnose manichéenne qui situait le mal dans la Création même et qui cherchait le salut dans un savoir ésotérique, Augustin avait appris de la Bible que toute la Création, y compris la matière, est sortie bonne des mains de Dieu. Le mal provient du péché commis par l’homme dans l’histoire.


Dès lors, le salut n’est pas à chercher en dehors de l’histoire, mais plutôt en son sein, dans une conversion, réponse à l’appel de Dieu venu également dans l’histoire nous sauver. Cette leçon demeure d’actualité à une époque soumise aux séductions de toutes sortes de formes d’ésotérisme ou d’occultisme.


Plus tard, Augustin eut à s’opposer au moine Pélage pour qui le péché d’Adam ne nous serait proposé dans la Bible que comme exemple d’un péché à éviter, en laissant à notre liberté tout le pouvoir de le faire.


Augustin trouvait dans son expérience personnelle, mais aussi dans le témoignage du Nouveau Testament, notamment chez saint Paul, une vision moins naïvement optimiste des choses. Notre liberté et notre volonté, sans être totalement détruites, sont prises dans une histoire qui pèse sur chacune de nos décisions.


Ainsi l’Apôtre peut-il s’exclamer : "Je ne comprends pas ce que j’accomplis, car ce que je voudrais faire, ce n’est pas ce que je réalise ; mais ce que je déteste, c’est cela que je fais. [...] Si je fais ce que je ne voudrais pas, alors ce n’est plus moi qui accomplis tout cela, c’est le péché, lui qui habite en moi" (Rm 7,15-20).


L’évêque d’Hippone a été amené à mettre en lumière deux vérités complémentaires. D’une part, le mal n’est pas une fatalité inscrite dans la Création, comme si la doctrine du péché originel était là pour nous disculper.


D’autre part, cette même doctrine contribue à tempérer le jugement écrasant que nous pourrions porter sur nos fautes, ou celles des autres hommes ; elle nous empêche de "sataniser" l’histoire, aussi bien que de sacraliser ceux qui la font.


Surtout, la doctrine du péché originel ne doit pas être séparée de celle qui nous fait connaître l’oeuvre du Christ. Saint Paul n’évoque le péché d’Adam que pour faire valoir, dans toute sa profondeur et dans toute son extension, l’oeuvre du Christ. "Adam préfigurait celui qui devait venir" (Rm 5,14).


Celui-là devait être porteur d’une grâce sans commune mesure avec la faute. "Le don gratuit de Dieu et la faute n’ont pas la même mesure" (Rm 5,15). "Là où le péché s’était multiplié, la grâce a surabondé" (Rm 5,20). Elle prévient et relève l’homme pécheur pour l’habiter et le sanctifier. Et en même temps qu’elle pénètre au plus intime de chacun, elle enveloppe l’humanité tout entière.


Le Christ est le nouvel Adam, "l’aîné d’une multitude de frères" (Rm 8,29), chef de l’humanité nouvelle, réconciliée avec Dieu, en même temps qu’avec elle-même et avec toute la Création. En effet, "Dieu a voulu que dans le Christ toute chose ait son accomplissement total.


Il a voulu tout réconcilier par lui et pour lui, sur la terre et dans les cieux, en faisant la paix par le sang de sa croix" (Col 1,19-20). Dans cette humanité nouvelle les chrétiens sont introduits par le baptême, qui libère du péché originel et fait don de la vie du Ressuscité.




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