-

2 Corinthiens 1, 3 "Béni soit le Dieu et Père de notre Seigneur Jésus Christ, le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation, qui nous console dans toute notre tribulation, afin que, par la consolation que nous-mêmes recevons de Dieu, nous puissions consoler les autres en quelque tribulation que ce soit."

-


Commentaires des textes liturgiques du jeudi 02 avril 2015 : " Faites ceci en mémoire de moi "



jeudi 2 avril 2015




Bien aimés, chers frères en Christ, comme un père sentant ses dernières heures et soucieux de préserver sa descendance du spectre de la division, bien fréquents après la disparition du chef de famille, Jésus nous donne une sorte de testament.


 laver les pieds les uns aux autres.
 célébrer l’Eucharistie.


Ces deux actions — se laver les pieds les uns aux autres et célébrer l’Eucharistie — sont très expressives, ce sont des « paroles » en actes. Et ces « paroles », c’est le testament de Jésus, les instructions qu’il nous laisse.


Dans ces deux gestes, dans ces deux actions, Jésus a en quelque sorte résumé une fois encore tout ce qu’il veut nous dire, ce qu’il voudrait nous confier, comme un dépôt sacré. Dans ces deux gestes, il s’est mis tout entier et il veut qu’aujourd’hui, nous prenions le risque de nous laisser toucher au cœur par cela ; c’est en effet par ces gestes que Jésus peut nous rencontrer, aussi veut-il que nous les renouvelions, et pas seulement de façon extérieure.


Ce soir, bien sûr, de façon extérieure, ce sera un rite, pourtant plein de vie ; mais il faut qu’en nous, ces gestes deviennent chair et sang, qu’ils transforment notre vie, au point de rendre vrai ce que Jésus dit un peu plus loin dans l’évangile d’aujourd’hui : Heureux êtes-vous si vous le faites.


Jésus veut que nous ayons à cœur de les renouveler afin qu’ainsi nous puissions être heureux, trouver la joie qu’il veut nous donner, précisément en cette nuit qui précède sa Passion.


Ce qu’a fait Jésus en lavant les pieds de ses disciples, il le fait encore au cours de la Cène. Il prend du pain et du vin, les donne à ses disciples, et dit : « Ceci est mon Corps, ceci est mon Sang, livrés pour vous ». Chacun de ces gestes est un geste corporel, physique : il donne son Corps et son Sang sous la forme de pain et de vin. Il ne donne pas n’importe quoi : c’est lui-même qu’il donne. Bien entendu, ce geste a lui aussi provoqué protestations et contestations, on ne l’a pas compris.


Rappelons-nous : dans la synagogue de Capharnaüm, les gens furent outrés d’entendre Jésus affirmer : Qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi (Jean 6.56). À ce moment-là, beaucoup de ses disciples ont dit : c’est insupportable — et ils sont partis, pour ne plus revenir ; Jésus a alors demandé aux Apôtres : Voulez-vous partir, vous aussi ? (Jean 6.67). Et Pierre de répondre : À qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle (Jean 6.67-68).


Aussi dures à entendre que nous paraissent ces paroles, il nous faut croire que ce petit morceau de pain et ces quelques gorgées de vin dans le calice sont le Corps et le Sang du Christ, donnés pour nous. Mais, probablement, nous ne comprendrons ce mystère, notre cœur n’en percevra le sens que lorsque nous serons prêts à nous laver les pieds les uns aux autres. Aussi longtemps que nous ne nous dépouillerons pas, les uns vis-à vis des autres, de nos beaux habits tissés d’orgueil, de vanité et de présomption, nous ne pourrons pas accepter que Dieu se fasse si petit et se donne à nous en si peu de chose.


Prions le Seigneur pour que ces deux actes se gravent profondément dans nos cœurs et que nous éprouvions la joie qu’il nous a promise : Heureux êtes-vous si vous le faites. C’est un exemple que je vous ai donné, et : Faites cela en mémoire de moi.


Puisse l’heure présente faire revivre pour nous un grand souvenir. Nous avons présent à l’esprit tout ce qui a été dit et accompli au cours de cette dernière Cène (Luc 22.15) que le divin Maître lui-même a tant désirée à la veille de sa Passion et de sa mort. Et lui-même aussi, il a voulu que cette réunion soit si pleinement chargée de sens, si riche de souvenirs, si émouvante dans les mots et dans les sentiments, tellement féconde en actes et préceptes nouveaux que nous ne finirons jamais de les méditer et de les approfondir. C’est une Cène testamentaire, une Cène infiniment affectueuse (Jean 13.1), et infiniment triste (Jean 16.6), et tout ensemble mystérieusement révélatrice de promesses divines, de visions suprêmes.


La mort menace ; il y a des présages inouïs de trahison, d’abandon, d’immolation ; tout d’un coup, la conversation s’arrête, tandis que la parole de Jésus jaillit, continue, neuve, extrêmement douce, tendue vers la suprême confidence, comme balançant entre la vie et la mort. Le caractère pascal de cette Cène s’intensifie et se développe ; l’ancienne alliance, alliance séculaire qui s’y reflétait, se transforme et devient la nouvelle alliance ; la valeur sacrificielle, libératrice et salvifique de l’Agneau immolé, qui donne aliment et symbole au repas rituel, s’explique et se concentre dans une nouvelle victime, dans un nouveau repas ; Jésus déclare qu’ici, à table, il est lui-même, avec son Corps et son Sang, l’objet et le sujet du sacrifice, prévu, signifié, offert pour être, en continuité d’intention et d’action, accompli, consumé ; rendu nourriture pour tous ceux qui auraient aptitude à la vie éternelle et faim d’elle.


Et voilà que jaillit de cette Cène d’adieu, de souffrance et d’amour, le sacrifice eucharistique. Nous le savons et en demeurons éblouis ; et voici une dernière surprise, celle qui pour nous, ce soir, forme le point focal de notre inclination et de notre piété. Qui aurait jamais pu supposer une parole semblable, parole qui résume et perpétue : le Maître, promis à la mort, déclare qu’il est, lui, le véritable, l’unique agneau pascal, et il ajoute : Faites ceci en mémoire de moi (1Corinthiens 11.24).

À l’offrande eucharistique, participe activement tout le peuple de Dieu, croyant et fidèle, revêtu comme il est d’un « sacerdoce royal », ainsi que l’écrivait saint Pierre (1Pierre 5.9). En tant que tel, il est particulièrement invité, en ce Jeudi saint, à se réjouir, à rendre grâce pour l’institution de l’Eucharistie, et à en exalter les infinis trésors divins d’amour et de sagesse.


SAWADOGO Charles




Un message, un commentaire ?

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Ajouter un document